les 9 temps
d'un chant d'amour
elle est arrivée et s'est posée à Mayres chez
Ian absent pour
quelques mois elle portait la tête droite et un très
joli accent de
Hollande
elle est venue parfois à ma table sa tasse de café au
lait à la
main et une tartine de mauvais pain de mie beurré
nous nous sommes longuement observées avant que ne naisse
l'amitié
parfois je regardais les longs doigts à ses mains
ses beaux cheveux clairs
le sourire immense bouche
le mouvement chaloupé de son grand corps
j'aimais lancer son nom
et goûter la joie posée à l'accent chanté
les premières marches nous ont portées de Mayres à
Mayres
elles nous ont fait sentir les vents, goûter au soleil et à
la pluie
aussi, nos âmes se sont frôlées, nos bouches ont
parlé et peu à
peu nos sourires se sont mêlés aux pas de nos danses
étendue dans le lit de la salle basse de Mayres
j'attendais le moment ou elle ouvrirait la porte de la chambre
haute
tard en ces nuits où ne brillent que les lampes de la lecture
ce temps d'effleurement s'est pris au cours des humeurs
des départs et des retours, des absences, mouvements enfouis
dans tout amour inavoué...
c'est tellement beau quand je te regarde étendue
dans ce coin de lumière avec ton livre
j'ai regardé ce visage penchée au-dessus de la percée
des
escaliers
j'ai vu le sourire
j'ai senti l'amour
et puis il y a eu la maison à Lunas elle en disait « je
suis chez
moi dans cette maison qui n'est pas la mienne » elle faisait
des
grands pots de café qu'on se plaisait à boire dans de
toutes
petites tasses richement décorées
écoute « nous veillons
sur l'autel et l'autel est la terre
la terre entière »
c'est beau hein! était sa réponse
elle avait cette façon d'ouvrir le o sur le b qui chantait
le mot
« beau »
sensuel et bien à elle
avec ce sourire toujours à la fin
d'abord j'ai aimé sa présence
et puis je l'ai recherchée,
je m'y suis habituée, je l'ai chantée résonnance
à Marie,
je m'y suis envolée, cette joie qui
me prenait sur la route
de Mayres à Lunas
ces moments à lire les signes
et à se répéter les phrases volées aux
« Dialogues »
les éclats de rire
les silences
le rouge à lèvres sur sa bouche
« je me suis faite belle pour toi » peu à
peu mes gestes se
sont surpris aux siens l'amour semblait ne plus avoir d'ombre
c'était comme ces nuits de lune claire au miel enivrant
ces nuits de ciel étoilé
et de pieds frôlés au chemin
conduisant à la pierre plate nous étions l'une en l'autre
vertige de simples frôlements
ô ma belle amie combien souvent j'ai dit ton nom
dans le secret de mon coeur
combien souvent j'ai senti la douceur de tes bras
sans les avoir jamais goûtés
quelle est cette peur qui t'a fait fuir
était-ce la peur de toi-même ou toi-m'aime
tu as troublé ce coeur la brume a ceint mes reins
le silence s'est fait linceul
le o s'est éloigné du b
j'ai perdu le goût du chant
la tristesse m'a bousculée à ses gants de soie
je n'ai plus repris la route de Lunas
ne reste que la trace amoureuse
trace d'encre aux papiers
la veille du départ pour Paris
encre sur papier à dessin léger