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je me tenais ébahie
au milieu de la rue
j'ai vu les soldats appuyés à la rambarde de pierre
l'homme se rapprochait
« nanou, viens vite! »
ma soeur m'avait entrainée dans l'entrée de la maison
nous étions silencieuses dans la pénombre
la porte laissée entr'ouverte
je me tenais droite
comme suspendue
les yeux grand ouverts |
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feuillets
de papier machine légèreté de ceux que le
vent des souvenirs peut porter
en remontant la route du col du Pertus
il faisait froid
ce jour du mois de Mars 2004
mon voyage en Algérie était prévu pour Avril
il me restait ce temps pour me préparer
je me sentais sourire
les lacets se découvraient les uns après les autres
sur cette route étroite il n'y a jamais grand monde
et moins encore l'hiver sur une grande
assiette j'ai versé les couleurs
les feuillets posés sur le plan de travail
pris le pinceau double
l'ai glissé au papier
je ne roule jamais vite sur cette route
plus encore en la montant
les voitures descendant se déportent parfois sur la gauche
le soleil avait la couleur blanche que peuvent lui donner parfois
les lumières si particulières à l'hiver
je roulais équilibriste de mes pensées
quand il m'est apparu
cet homme portant pardessus et sac de voyage en bandoulière
il se tenait sur le bas côté droit
il marchait
penché
sans doute le poids du sac
lorsque je le dépassai
il tourna son visage vers moi
j'ai vu son sourire une après l'autre
sous le trait double du pinceau
les lettres sont apparues
d'elles mêmes
Mayres était emplie de chants algériens
ce regard aussi
un instant suspendu
je m'y suis sus-pendue
pendue
perdue
je jouais près de la maison Rosetto
dans la rue
ma soeur était là aussi
nous connaissions parfaitement ce coin de rue
il était le prolongement du petit appartement que nous habitions
maman pouvait nous voir derrière les persiennes de la cuisine
quand le moment était venu elle nous appellait pour le goûter
Jamel riait
« ce que j'admire le plus chez vous les peintres
c'est la facilité avec laquelle vous travaillez
pour nous l'écriture demande tellement de travail
en tous les cas pour moi » les mots qu'il
disait construisaient les lettres
sa présence aussi
ce jour là était un autre jour
il y a eu ces bruits
des cris
des détonations tout s'est passé si vite
je me suis retournée
un homme courait
lorsque j'ai vu il avait déjà descendu les escaliers qui reliaient
cette partie de la ville à la ville haute
il portait un pardessus long
il courait |
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les
cris
les détonations
l'homme est arrivé à notre niveau
il portait une chemise claire
son regard a croisé le mien il m'a souri
j'ai vu sa main chercher sous son pardessus
il a lancé ce mouchoir
je l'ai ramassé
mouchoir blanc
si fin
brodé
taché de sang
lorsque j'ai levé la tête sur l'ouverture de la porte
l'homme n'était plus là
il courait avec ce regard et ce sourire |
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la douceur de ce coeur posé à Mayres
quelques jours du mois de Mars
Jamel blessé
Jamel mutilé |
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les soldats ont dévalé la rue
leurs pas étaient lourds
ils ne souriaient pas
ils hurlaient
poussés par leurs armes |
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et j'étais restée là sans avoir pu lui tendre
la main
je ne sais même pas si je lui ai rendu un peu de ce sourire alors
et ce mouchoir blanc
son sang dessus
cet instant si court par lequel il avait mis son empreinte
oui j'y ai souvent pensé
jusqu'à ce jour de Mars 2004
le sourire
ce même sourire
à la fois doux et empreint de tristesse
le sourire de Jamel
Jamel fuyant |
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« quand tu peins tu as une idée de ce que tu vas
faire? »
aucune les choses se mettent en place d'elles mêmes
les traits
les couleurs
les papiers rapportés les uns aux autres
jusqu'au moment
posé
reposé
déposé |
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Jamel a posé une trace dans mon coeur
il a libéré l'autre
le sourire ancien
sourire enfoui
il a libéré la Vie |
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