elles sont 177 poussées une nuit
une nuit de musique dans la salle basse de Mayres
au fil ocre du pinceau sur les feuillets fragiles de papier machine

je me rappelle le jour de marche dans les sables au sud de Toggourt
le vent nous poussait vers l'avant
une amie accrochée à mon bras nous avancions en riant
heureuses l'une et l'autre du connu et de l'inconnu
l'une et l'autre nées sur ce sol algérien
penchées l'une vers l'autre
ivres de mots chantés et criés
libérées des paroles si longtemps tues
nous avancions les pas au sable

empreintes des lignes de leur naissance
lisses et lumineuses sur leur tige elles dansent
seules ou penchées l'une vers l'autre
dans le silence de la feuille qui les porte
douces et fières elles s'assemblent
portées par le même souffle

et puis cet homme de nos compagnons de voyage est venu qui nous a frolées
il riait
sur ses paumes tendues une rose des sables

je les ai rangées dans une chemise claire
et j'ai écrit dessus le petit jardin
le petit jardin est resté planté sur un rayon d'étagère
en haut de l'escalier qui mène aux chambres
parfois je le dépliais sur le tapis de la chambre et j'en comptais les fleurs

comme les autres nous avons cueilli les roses brunes
comme on peut le faire dans un rêve éveillé
le souffle du vent soulevait le sable
emportant les cris et les rires
nos vies étaient loin alors très loin
nous étions suspendues entre terre et ciel