elles
sont nées dans le TGV qui me menait à Paris
je m'embarquais enthousiaste dans le projet Schams
je me sentais fébrile heureuse
j'ai tiré la tablette
la nuit avait effacé le défilé des paysages
j'ai ouvert le carnet côté feuilles blanches
glissé les doigts sur le grain lisse
jusqu'à la spirale métallique
extrait du journal de Mayres
aujourd'hui était un jour particulier
le temps a pris son temps à éclairer les monts
il faisait un froid plutôt doux
j'ai pris un temps dans le petit «shrine» de Mayres
descendant plus tard la route du col du Perthus
je me sentais bien
tranquille
je me souviens des yeux fermés
et de ce temps à suivre mon souffle
je me suis peut être endormie
il est si facile de s'endormir sur le mouvement du train
glissé le feutre noir sur le papier
feutre noir feutre sanguine
les vibrations du train donnaient un tremblé léger au trait
où allait-il
jusqu'où encore
les lignes jouaient entre elles sans que je sache
de feuille à feuille elles se sont dressées
une après l'autre solitaires puis solidaires
l'une en l'autre feuillet après feuillet
elles se sont déposées lancées élancées portées par la danse de leur corolle
portées au souffle
assise là je regarde l'autel improvisé sur une
pierre du jardin,
l'eau claire, l'encens et les roses déposées, la bougie flamme timide
un peu plus tard
je balaie les feuilles sur la terrasse et les escaliers
je les nomme les fleurs soufies |